Friday, November 30, 2012

Les routes de la Gaule romaine 1/9


From Les routes de la Gaule romaine 1/9 - Le blog de LUTECE.

   I. — LES ROUTES LES PLUS PASSAGÈRES.
Roman roads in GaulUne vie intense s’agita sur les routes de la Gaule pendant toute la durée de l’Empire, plus forte, plus variée qu’à nul autre moment de leur histoire. Outre l’activité propre au pays, une grande part du mouvement général du monde les utilisait sans relâche.
De Rome en Bretagne, du centre de l’Empire à sa plus lointaine province, il fallait passer par la Gaule, soit qu’on débarquât à Marseille pour remonter la vallée du Rhône, soit qu’on franchît les Alpes au Grand ou au Petit Saint-Bernard pour gagner Langres par Besançon, Genève ou Lyon : ce qui faisait de la route champenoise, de Langres à Boulogne par le pont de Châlons, l’une des voies les plus bruyantes de la Gaule et de la terre romaine ; là sont passés les grandes niasses d’hommes et les chefs souverains, circulant entre l’Italie et l’Angleterre, les uns pour conquérir de nouvelles provinces, les autres pour enlever Rome à leurs concurrents[1].
C’était également par la Gaule que les armées de Germanie et les prétendants choisis par elles communiquaient avec le reste de l’Empire. Pour gagner l’Italie et l’Orient au départ du Rhin, on pouvait à la rigueur se passer de la Celtique en rejoignant le Danube[2] ou en gravissant le Brenner. Mais les soldats et leurs chefs évitaient d’ordinaire ces routes longues et fastidieuses, ils préféraient l’agréable cheminement le long de la Moselle, du Doubs ou des lacs d’Helvétie, la rapide montée par les Alpes de Suisse ou de Savoie : et ce sont les routes que prirent Vitellius et ses généraux, et bien d’autres avant et après eux[3].
De Germanie et de Bretagne encore, pour se rendre en Espagne, on devait couper la Gaule : soit par l’ouest, de Cologne à Paris, Bordeaux et le col de Roncevaux[4] ; soit par le levant, de Mayence à Trèves, Lyon, Narbonne et le col du Pertus[5]. C’était presque toujours cette dernière voie que l’on prenait, plus aimable, plus chaude, plus proche de l’Italie et parée de plus belles villes[6] ; l’autre demeurait plus froide, trop voisine de l’Océan, encore d’apparence à demi barbare : il faudra, pour la doter de gloire, de bruit et de poésie, les rois francs, les Sarrasins, Charlemagne, Roland et saint Jacques[7].
Entre l’Italie enfin et cette même Espagne, la Gaule du Midi conservait son rôle millénaire, de servir de route aux héros[8]. Il était bien rare qu’on préférât la traversée de la mer à l’antique et glorieux chemin qui de la Corniche menait à Narbonne et au Pertus ; de Rome à Tarragone et à Cadix la route, le long du rivage gaulois, était si gaie, si facile, si pleine de richesses et de souvenirs ! les seuls ennuis qu’on y rencontrât étaient, comme au temps d’Hercule, le Mistral de la Crau et le passage du Rhône à Tarascon.
C’était grâce à ces routes que notre pays servait de trait d’union entre le Nord et le Midi, le Centre et l’Occident du monde européen. Elles étaient les marches, aplanies et embellies, du seuil que la Gaule formait entre toutes les provinces de l’Empire occidental.
Au croisement des plus populaires de ces voies, surgissait toujours Lyon. Il n’était donc pas seulement la capitale des Gaules, mais le lieu de rencontre des hommes de nom latin ; et c’est pour cela que tous les prétendants à l’Empire ont voulu, après Rome, tenir Lyon[9].
Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V
[1] Caligula ; Claude ; le retour des soldats de Bretagne en 69 ; Hadrien ; Albinus ; Septime Sévère ; Tetricus et Aurélien ; etc. — De là, l’importance que prit sur cette route le pont de Châlons sur la Marne, à mi-chemin entre les Alpes et l’Océan. — Il ne faut d’ailleurs pas oublier que cette route fut une de celles que prenaient jadis les caravanes de l’étain et des marchands italiens ou marseillais. — Ajoutez le trajet de Germanie en Bretagne et inversement par Cologne et Bavai ou par Mayence, Trèves et Reims.
[2] Cf. la route de Septime Sévère.
[3] Sans doute Agrippa, Drusus, etc., et tous les empereurs qui ont séjourné à Lyon.
[4] Ou le Somport. Je suppose le passage d’Auguste par Roncevaux en 24 ou 25 av. J.-C., à cause des affaires des Cantabres.
[5] Hadrien ; sans doute Auguste.
[6] Ajoutez l’attraction de Tarragone, la grande ville impériale de l’Espagne. — Quand on regarde sur la carte le réseau des routes italiennes, on s’aperçoit aussitôt des motifs qui ont fait construire par Auguste, en 13-12 av. J.-C., la fameuse via Julia Augusta, de Plaisance à Nice par le col de Cadibone (C. I. L., V, p. 953 et s.) : cette route, qui continuait une route venant de Vérone, servait aux communications rapides entre le Danube (soit par la voie d’Aquilée, soit par celle de Trente), la Gaule du Midi et l’Espagne.
[8] Outre les proconsuls, Pollion en 43, Galba et ses courriers, et sans doute Auguste et Hadrien.
[9] Voyez les séjours à Lyon d’empereurs ou de prétendants à l’Empire. — Lyon comme carrefour d’Empire était doublé : 1° par Chalon, où la route de Lyon à Langres vers Boulogne d’un côté et vers le Rhin inférieur de l’autre se détachait de la route directe de Lyon vers le Rhin supérieur par Besançon, sans parler de la route de la Seine par Autun, laquelle servait aussi à la direction de Boulogne ; ajoutez la lin habituelle de la navigation sur la Saône ; 2° par Langres, où se croisaient cinq très bonnes voies : celle venant de Lyon, celle partant pour Boulogne, celle partant pour Cologne et le Rhin, celle du Grand Saint-Bernard par Besançon, celle du Petit Saint-Bernard par Genève.