Monday, November 05, 2012

"Chypre entre Byzance et l'Occident" au Louvre




Plat provenant du trésorde Lamboussa-Lapithos.
Combat de David et Goliath. Argent.
© Metropolitan Museum of Art, dist.
RMN-GP/image of the MMA.
Saint Démétrios, fresque provenant de l' église Saint Antoine de Kellia (détail). Fin XII - XIII. © Kykkos, Museum of the Holy Monastery.

C’est une petite exposition qui se love dans l’aile Richelieu du Louvre. Je monte l’escalier et découvre les murs noirs sur lesquels les 150 objets exposés, icônes, livres, marbres, poteries ressortent de la plus belle façon. Grâce à son bois et à son cuivre dont elle tire son nom, Chypre est vite devenue une position stratégique sur les routes commerciales vers le Proche Orient et la Palestine.

L’exposition propose de découvrir l'art chypriote entre le IV et le XVI siècle. Le président-directeur du musée du Louvre, Henri Loyrette précise: «Sur un même sol se côtoient sans heurts des chefs-d’œuvre de l’art byzantin et ceux d’un art gothique d’origine française, aussi bien que ceux des arts chrétiens d’Orient et de la Renaissance vénitienne, sans cesse fertilisés d’apports réciproques ».

En fait l’histoire artistique de Chypre "jongle" pendant mille ans entre Byzance et Occident. Les invasions arabes datent du VII siècle. L'exposition est chronologique: bonne idée. L’île est très tôt christianisé, d’ailleurs Les Actes des apôtres rapportent déjà la mission de Barnabé en Chypre. J’avance et je remarque une vitrine avec plusieurs plats en argent dont un qui illustre le combat entre David et Goliath. Du VII siècle, il a été découvert en 1902 dans le trésor de Lamboussa et pèse six kilos. Le sens du détail est assez extraordinaire, David est muni de sa fronde et les deux soldats derrière Goliath ont singulièrement la trouille. La multiplication des lignes diagonales donne tout son dynamisme à la composition.

Dans la travée suivante je remarque une vierge datée de la fin du XII siècle. Le visage est long et triste, la bouche toute petite et les mains longues et fines. C'est une vierge en prière.

Daté du même siècle, le XII, qui voit l’île se couvrir d’églises aux fresques magnifiques, ce Saint Démétrios qui quitte pour la première fois le monastère de Kykkos. Le saint est un jeune homme au visage très moderne. Il est représenté en pieds dans le style habituel des saints militaires byzantins à savoir qu’il tient une lance d’une main et un bouclier orné de l’autre. Le fond bleu est du au sulfate de cuivre dit «bleu de chypre ».

Avec les croisades, l'île devient au XII siècle un enjeu stratégique entre Orient et occident. Après la troisième croisade, Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre céde Chypre au roi déchu de Jérusalem à savoir Guy de Lusignan. Mais je reviens aux objets qui sont devant moi. Je vois un Saint Nicolas du XIII siècle. Autour, quatorze petites scènes présentent sa vie et ses miracles. C'est une icône byzantine mais je remarque aux pieds du saint un couple de chevaliers francs prosternés.

J’observe avec attention et un peu d’amusement, la grimace d’un lion chevauché par Saint Mammès (XVI siècle). Cette icône provient de l’église Saint Georges d’Achéleia, près de Paphos. La coiffure du saint répond à la crinière du lion et les deux regardent le visiteur droit dans yeux. Je remarque deux petits détails: la queue du lion qui revient entre ses pattes et les chaussures brodées du saint.

aint Mammès, berger martyrisé, est très célèbre dans l’Orient chrétien. A Chypre quatre-vingt églises lui sont dédiées. Du XVI également, cette épitaphe de Jean Pétaloudès d'une belle simplicité avec ses lignes sobres.

Encore plus moderne, une petite coupe, dite coupe aux amoureux. Il ya une très grande liberté dans le trait et le décor environnant. Cette céramique pourrait être contemporaine.

Certains objets auraient mérités plus d’espace, l’ensemble est un peu resserré, mais cette exposition comporte quelques merveilles qui valent le détour. Pas sûr toutefois, que le visiteur comprenne toute l’histoire de Chypre: un vrai casse tête pour un non spécialiste. Vous êtes prévenu, mais de toute façon, le plaisir des yeux peut suffire.




Musée du Louvre: tous les jours sauf le mardi.

9h - 18h (La fermeture des salles commence à 17h30).

Entrée: 11 euros.