Monday, November 05, 2012

Chypre entre Byzance et l’Occident

Chypre entre Byzance et l’Occident (IVe – XVIe siècle) au Musée du Louvre - Info-Histoire.com

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Coat of arms of the kingdom of Cyprus.
Coat of arms of the kingdom of Cyprus
Le musée du Louvre reçoit, jusqu’au 28 janvier 2013, une exposition organisée conjointement avec le Département des antiquités de Chypre, Chypre entre Byzance et l’Occident, IVe-XVIe siècle. L’accent a donc été mis sur la période médiévale.

L’histoire complexe de l’île est présentée en quatre salles, représentatives de ses grandes périodes.

La première aborde l’île du premier siècle byzantin jusqu’à la conquête arabe. Y sont présentées les basiliques protobyzantines, très nombreuses à Chypre, à travers quelques belles pièces sculptées, telles qu’un fragment de barrière d’autel ou des chapiteaux en marbre de Proconèse. Un beau fragment de mosaïque représentant la tête de saint Mathieu évoque l’art paléochrétien. La fin de la première période chrétienne à Chypre y est symbolisée par les plats en argent du trésor de Lamboussa-Lapithos, découvert vers 1900, et qui avait été enterré au moment de la conquête arabe, dont quelques pièces archéologiques témoignent de la présence.

La deuxième salle est consacrée à la reconquête byzantine de Nicéphore Phocas et à l’art byzantin chypriote des Xe au XIIe siècles.
Une vitrine consacrée à l’ermitage de Néophyte le reclus contient notamment l’icône de la Vierge Eleousa qui en provient et trahit par son iconographie et la finesse de son style les liens entre l’art insulaire et celui de la capitale impériale. Dessous, on peut voir l’émouvant manuscrit des Catéchèses, copié du vivant du saint ermite et annoté de sa main, maintenant conservé à la bibliothèque nationale (Paris, BnF, ms suppl. grec 1317).
Dans l’icône de l’elkomenos (montée au calvaire ou mise en croix) provenant probablement de l’église de la Sainte Croix de Pelendri, l’art chypriote se manifeste par son style narratif. Le Christ est en effet au pied de la croix, vêtu de sa tunique rouge. Un personnage est encore occupé à fixer la croix dans le sol. Le choix d’un moment de transition, juste avant que ne s’accomplisse effectivement le sacrifice, en souligne la dimension tragique. Le choix d’un tel épisode, fréquent dans les manuscrits et dans la peinture murale ultérieure est rare pour ce type d’icône.

Le XIIe siècle voit Chypre au carrefour des routes entre Orient et Occident et la met au cœur des convoitises. Au retour de la troisième croisade en 1191, Richard Cœur de Lion (1157 – 1199) s’empare de l’île avant de la céder à Guy de Lusignan, qui y fonde le premier royaume Chypriote indépendant. La présence franque est une étape importante de son histoire et est l’objet de la troisième salle. Les origines des œuvres présentées dans l’exposition sont en ce sens révélatrices de cette histoire, puisqu’elles sont conservées dans leur quasi totalité à Chypre ou en France.
À partir de là, vont se côtoyer un art orthodoxe conservant sa singularité et un art gothique importé par les Francs. À côté de cela, un type nouveau d’images, appelées icônes des croisés, voit le jour, dont plusieurs exemples sont présentés, en particulier la monumentale icône de saint Nicolas-du-Toit.

De nombreux manuscrits illustrent les liens très forts entre le « doux pays de Chypre », comme on le disait alors, à la suite du chroniqueur Léonce Machairas, et la France. Ainsi les manuscrits des œuvres de Philippe de Mézières (Paris, bibliothèque de l’Arsenal, ms 2682), qui fut Chancelier de l’ile, ou de Guillaume de Machaut (Bnf, ms français 1584), qui chanta les hauts faits de Pierre de Lusignan à Alexandrie, figurent-ils dans l’exposition.
Enfin, la quatrième salle évoque les dernières décennies du royaume franc et la présence vénitienne. Une très belle et surprenante icône funéraire témoigne d’un art orthodoxe traversé de formes ou de motifs occidentaux : dans un format rectangulaire très allongé, soulignant le mouvement ascendant de l’âme, les prières des donateurs recommandant le défunt s’élèvent par l’intermédiaire des anges, jusqu’au Christ qui occupe le haut de l’image.

La période vénitienne représente un tournant dans l’évolution de l’art post-byzantin et de la Renaissance. Cependant la période vénitienne est aussi abordée à travers l’aspect hautement défensif mis en place sur l’île la plus orientale de la méditerranée, qui constitue alors le dernier bastion du christianisme dans la région. Des peuples de différentes langues et de différents courants chrétiens y ont d’ailleurs trouvé refuge au XVIe siècle. Quatre manuscrits chypriotes témoins de cette présence – un bréviaire syriaque pour les fête de l’hiver (bnf ms syriaque 158), un hymnaire arménien (bnf ms arménien 65), un manuscrit des hymnes et offices en copte et en arabe (bnf, copte 9) et un manuscrit grec de l’Échelle du paradis de Jean Climaque (bnf ms grec 872) – se partagent une vitrine.

Le parcours se clôt donc sur la conquête ottomane, la présence turque à Chypre étant toujours, semble-t-il, difficile à aborder sereinement dans le cadre d’une collaboration franco-chypriote.

La présentation chronologique, couvrant 12 siècles d’histoire parvient à faire ressortir à la fois la singularité de l’art chypriote, la cohabitation des différents peuples en présence et les imbrications stylistiques et iconographiques qui en découlent. Elle parvient tout à fait à replacer l’histoire et l’art chypriote au carrefour entre l’Orient et l’Occident.

L’exposition qui a été montée à l’occasion de la présidence de l’Union européenne par l’État chypriote ouvre un mois après la fermeture de celle du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, qui elle, mettait l’accent plus particulièrement sur les échanges notamment artistiques et commerciaux.