Sunday, September 16, 2012

Des peintures romaines sous la cathédrale de Strasbourg

Sous les remblais laissés par les tailleurs de pierre au pied de la cathédrale de Strasbourg, les archéologues de l’INRAP ont retrouvé quelques fragments des peintures qui ornaient l’un des bâtiments du camp de la Legio octava Augusta à l’origine de la ville.

La face inférieure du pan de mur peint découvert dans la tranchée. On y distingue un personnage rouge dans un cadre. En haut à droite, un exemple de tegula (tuile de toit) retrouvée à Strasbourg portant l'inscription LEG VIII AVG de la huitième légion Auguste.
Présente à Alésia, la Legio octava Augusta, c’est-à-dire la huitième légion, a créé les deux seuls camps de légionnaires romains situés en France – celui de Mirebeau-sur-Bèze (en Côte-d’Or) et celui d’Argentorate, aujourd’hui Strasbourg. Ses vétérans ont aussi fondé Forum Julii (Fréjus). Argentorate, qui signifie probablement en gaulois la « forteresse de l’Ill » (Argento, l’« argent », semble désigner un cours d’eau), est très mal connu. En effet, depuis l’arrivée des Romains vers 15 de notre ère et la construction du camp par la VIIIe légion vers 90, le site a été constamment occupé par le centre-ville de la capitale alsacienne. C’est pourquoi les Alsaciens suivent avec une curiosité particulière ce que les fouilles préventives au centre de Strasbourg révèlent sur son passé romain.

Actuellement en réfection, la Place du château, qui flanque la cathédrale au Sud, vient ainsi de livrer le spectacle stratifié de vingt siècles de vie urbaine. Dans la fosse creusée par l’équipe de Heidi Cicutta, de l’INRAP, les couches les plus hautes sont constituées par les remblais successifs produits par les tailleurs de pierre en construisant la cathédrale. L’évacuation des remblais est en effet une habitude récente : avant le XXe siècle, on se contentait de les étaler avant de les niveler, ce qui est apparent sous la Place du château.

Pour étudier ces remblais, les archéologues n’ont eu qu’à demander l’aide des compagnons de la Fondation de l’œuvre de Notre Dame, qui se trouvaient sur un échafaudage 10 mètres au-dessus en train de reprendre une réfection ancienne du flanc sud… Créée en 1246, soit seulement 60 ans après le début de la construction de la cathédrale (1188), cette fondation concourt depuis lors au maintien du grand édifice rouge. Comme les compagnons de la fondation s’obligent à n’utiliser que les outils des bâtisseurs médiévaux, il leur a été facile en quelques coups de ciseau, de polka, de pic ou de broche, de reproduire devant les archéologues les éclats de grès que ces derniers venaient de retrouver par centaines de milliers.

Au sein des remblais laissés par les tailleurs de pierre, d’autres trouvailles signalent d’autres artisans. Ainsi, des scories et fragments de plomb signalent des travaux métallurgiques et la présence des maîtres-verriers qui concourraient aux vitraux. Des liserés blancs perceptibles dans la masse de terre rappellent le travail des gâcheurs qui préparaient le mortier. Puis finalement, sous les obscures couches d’un Moyen Âge plus ancien, se trouvent, au fond de la fosse, les derniers sédiments laissés par les Romains du Bas-Empire, parmi lesquels aucune construction maçonnée n’est perceptible.

Via Pour la Science - Actualité - Des peintures romaines sous la cathédrale de Strasbourg