Sunday, August 26, 2012

Les riches à Rome ou le parfum de la décadence

Il sera de bon ton, tout au long de l'histoire de Rome, d'exalter la rudesse, la simplicité des premiers temps de l'urbs, de vanter autant que le courage la vertu et la frugalité des grands ancêtres. Ce thème, qui intervient très tôt et qui sera exploité jusque très tard, est un véritable «marronnier» qui fleurit d'année en année, de siècle en siècle, à la tribune du Sénat comme dans la littérature, dans la bouche des deux Caton ou de Cicéron comme sous la plume de Perse, de Juvénal, d'Horace et donc de Virgile. Et d'évoquer avec des trémolos dans la voix la cabane de Romulus, l'admirable Cincinnatus délaissant sa charrue sur l'instante prière du peuple pour exercer une dictature temporaire et, renonçant à la dictature sitôt la république sauvée, retourner à son champ et reprendre le sillon interrompu, ou encore de vanter le goût du pain grossier, frotté d'ail, où le berger légionnaire, le soldat laboureur, puisaient leur énergie, d'où ils tiraient leur haleine mais aussi leur souffle. Qu'on n'accorde pas plus de sincérité et d'authenticité qu'ils le méritent à ces poncifs littéraires, prétextes à des effets de toge. Le regret de la Rome idéale des temps primitifs n'est pas à prendre plus au sérieux que les rêveries du prosateur solitaire que prétendait être Rousseau ou que le farouche refus du confort moderne qu'affichent certains de nos contemporains.


Via http://www.marianne2.fr/Les-riches-a-Rome-ou-le-parfum-de-la-decadence_a221871.html