Friday, July 27, 2012

Les Jeux de l'Antiquité ? Pas mieux qu'aujourd'hui !

Les JO de l’an 165 après Jésus-Christ s’achevèrent sur un spectacle abominable. A quelques kilomètres seulement du stade principal, sous les yeux d’une foule nombreuse, un vieil homme appelé Peregrinus Proteus – un ancien chrétien converti, devenu philosophe païen et gourou religieux fort en gueule – se donna la mort en grimpant sur un bûcher en flammes. Il menaçait de le faire depuis les Jeux précédents, quatre ans plus tôt. Directement inspirée de la fin mythique d’Héraclès (l’un des fondateurs légendaires des Jeux), cette immolation se voulait un geste de protestation contre un monde corrompu par l’argent, mais aussi une leçon d’endurance à la souffrance à l’adresse de ses disciples.En dépit de ses grandes phrases, les Jeux passaient, et Peregrinus ne cessait de différer le jour J.

Il faudra attendre que les Jeux aient officiellement pris fin pour qu’il érige son bûcher et passe à l’acte. Mais il y avait encore énormément de monde sur place pour assister à sa fin: les embouteillages sur les routes, associés à la pénurie de transports en commun, avaient empêché la plupart des spectateurs de quitter Olympie. A cette époque comme aujourd’hui, il est vraisemblable que seuls les VIP pouvaient circuler sans encombre.L’histoire de Peregrinus est relatée en détail par un témoin oculaire, le satiriste et essayiste Lucien – qui ne décrit pas seulement les derniers instants du vieil homme et les échauffourées qui ont éclaté autour du bûcher entre ses détracteurs et ses partisans, mais qui met également le doigt sur les difficultés de circulation à Olympie.

Lucien lui-même ne s’attarde pas sur le cas de Peregrinus : “un vieux bavard” amateur de “publicité”, raille-t-il. Mais cette anecdote n’est pas, comme certains l’ont lue, un témoignage de la décadence des Jeux olympiques sous la domination romaine (en 165 après Jésus-Christ, la Grèce fait partie de l’Empire romain depuis plus de trois siècles). Bien au contraire. C’est certainement parce que les Jeux étaient encore un rendez-vous incontournable que Peregrinus avait choisi cette occasion pour son suicide histrionique ; et c’est parce que leur portée culturelle était considérable que l’incident fut si abondamment commenté.

Via http://www.courrierinternational.com/article/2012/07/26/les-jeux-de-l-antiquite-pas-mieux-qu-aujourd-hui