Saturday, February 04, 2012

L'Europe, d'Athènes à Rome, petite histoire à méditer

À l'heure où les dirigeants européens tentent sommet après sommet… de la dernière chance, de sauver sinon l'Union, du moins son rejeton, l'euro, il convient de prendre un peu de recul afin de mieux saisir la page d'histoire qui se déroule sous nos yeux. L'Europe est, en effet aujourd'hui, dans une situation étonnamment comparable à celle connue par l'Empire romain à un moment clé de son histoire : la fin du règne de Constantin.

Nous sommes en 337 apr. J.-C. : Constantin vient de mourir dans sa ville, l'actuelle Istanbul. À cette époque déjà, une monnaie unique a cours de l'Atlantique à la Mer Noire : le sesterce*.

Constantin, premier empereur chrétien, avait en effet réussi à réunifier l'Empire après la bataille du Pont Milvius (312) et sa victoire sur Maxence. Cette réunification avait conduit l'Empire à réinstaurer la monnaie unique.
L'utilisation de cette monnaie finit par créer des tensions entre zones riches et pauvres, les zones riches centrales (Italie, Espagne, Provence) accusant les régions périphériques pauvres (la Dacie, la Macédoine et la Grèce, déjà) d'acheter leur pain à bas coût en ayant recours à "la planche à billets" de l'époque. Ainsi la Grèce, bien dotée en minerais, ne lésine pas sur la fabrication de sesterces, car cela lui permet d'acquérir à bon compte les denrées produites en Espagne.

Cette situation alimente naturellement l'inflation et provoque le ressentiment des classes modestes envers "la monnaie unique". Des expéditions hasardeuses, notamment en Asie Mineure et en Perse, également financée par la création monétaire, renforcent ces phénomènes. La Dacie, qui correspond à l'actuelle Roumanie, procède de même, mais peine bientôt à trouver de nouvelles mines. Elle s'endette pour financer son train de vie, jusqu'à se trouver en situation de faillite. Rome refusant de la sauver, la Dacie sort du système monétaire impérial vers 350-352.

En quittant le sesterce et l'Empire, la Dacie brise l'idée même d'une Union toujours plus aboutie, telle que se veut l'objectif de l'Union européenne. Elle brise un tabou, celui de l'invincibilité de l'Empire. En acceptant cette scission, l'Empereur Galien, par ailleurs dépravé et corrompu, achète en quelque sorte "la paix sociale", mais ouvre, par la même, la porte à la remise en question du statut de Rome (et de Constantinople).

En quittant la Pax Romana, la Dacie, maillon faible de l'Empire, sert, au début du IVe siècle de notre ère, de plateforme pour les armées d'Alaric et d'Attila. Ceci est à méditer quand on sait qu'à Berlin s'échafaudent, pour la Grèce, des plans de sortie de l'euro.

25 ans après ce début de désagrégation monétaire, le système monétaire impérial est dissous, l'anarchie prédomine.

60 ans plus tard (410), Rome est saccagée par les Wisigoths, l'Empire entre en déliquescence.

75 ans plus tard, Attila et ses hordes, défiant le limes (la stratégie militaire romaine fondée par César et qui n'avait pas été remodelée depuis 500 ans…), détruisent l'idée même de Pax Romana.

120 ans plus tard, en 476 exactement, Odoacre dépose le dernier empereur et envoie les insignes impériaux à Constantinople. L'Empire d'Occident n'est plus, l'Europe entre dans le Moyen Âge. Les royaumes barbares n'auront de cesse de vouloir reprendre l'héritage impérial à leur compte, sans parvenir à réunifier l'Europe, malgré les tentatives infructueuses de Charlemagne ou des Kaisers du Saint-Empire romain germanique.

Pendant mille ans, la population de l'Europe n'augmentera pas - ce sera la seule région du monde dans ce cas - et elle se retrouvera à la remorque des autres civilisations. C'est l'époque de la dominance de la Chine des Song et du Califat. Songez : en 632, le prophète meurt à Médine. 100 ans plus tard, ses descendants sont arrêtés à Poitiers…

Aujourd'hui, le vieux continent est à la croisée des chemins. La crise commencée en 2007 n'est pas comparable à la bulle internet ou aux chocs pétroliers, mais à 1929 : une crise systémique. Si 1929 a ultimement débouché sur l'horreur nazie, les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets.

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