Sunday, February 19, 2012

Le déclin de la population de l'Empire romain

Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 08:55

Certaines régions de l'Italie ont été affectées dès le IIe siècle av. J.C. d'une dépopulation qui s'est poursuivie sous l'Empire. La volonté de limiter les naissances qui est évidente dans les classes supérieures et dans les masses populaires urbaines, se retrouve-t-elle chez les habitants des provinces ?

La civilisation romaine a pénétré de façon différente dans les diverses régions du monde méditerranéen : la Gaule, l'Espagne et l'Afrique ont été plus romanisées que les régions danubiennes, l'Asie, la Syrie ou l'Egypte. Mais cette romanisation des provinces occidentales atteignait-elle, en dehors peut-être des classes locales riches et cultivées, toutes les couches de la société ? Rien ne permet de l'affirmer. La législation nataliste d'Auguste fut maintenue jusqu'à Constantin, démontrant la généralisation de la dépopulation de l'ensemble du monde romain. Mais cette législation s'appliquait uniquement aux citoyens romains ; jusqu'à l'édit de Caracalla, ceux-ci habitaient pour une grande majorité en Italie où certaines régions étaient dépeuplées. Au IIIe siècle, avec l'extension du droit à la cité à tout les habitants libres de l'Empire (hormis les dediticii, c'est-à-dire les descendants des autochtones vaincus par Rome et, vraisemblablement, les Barbares installés en territoire romain), cette législation a été rendue applicable à toutes les provinces. Il est vrai qu'à ce moment la situation se dégradait un peu partout. Mais avant ? Le déclin démographique n'atteint que des milieux trop restreints pour infléchir la statistique générale. Le monde rural, c'est-à-dire la grande majorité des habitants de l'Empire, a dû continuer à croître normalement. Encore au IIe siècle, la peste antonine ne semble pas avoir provoqué de dépopulation générale dans l'Empire (P. Salmon 1974).

En revanche, à partir du IIIe siècle, la convergence générale des témoignages n'autorise plus le doute. Le déclin démographique de l'Empire est manifeste : on cherche à l'expliquer par les nouvelles épidémies de peste, l'anarchie militaire et les invasions barbares, accompagnées de massacres et de famines, la fiscalité écrasante et la régression économique. Dans cette liste un peu trop générale, tous les facteurs n'ont pas le même poids, mais il est clair que des conditions difficiles ont aggravé la mortalité dans un contexte de crise. Dans la seconde moitié du IIIe siècle, le nombre des naissances, qui égalait ou probablement excédait celui des décès, aurait cessé d'assurer le remplacement des générations. Ce processus aurait, peut-être, été enrayé, au cours du IVe siècle, par une reprise de la natalité dans le monde rural (P. Salmon 1974).

Cependant, cette reprise n'a eu visiblement que des effets limités en Italie, où les terres cultivées se réduisent encore au IVe siècle. Pour expliquer cette contradiction, deux hypothèses. Premier schéma : il y a reprise, mais elle ne comble pas le déficit démographique du IIIe siècle, la population demeurant stationnaire ou ne croissant que légèrement, l'arrivé de classes creuses à l'âge adulte expliquant ce piétinement. Seconde explication : le dépopulation se serait poursuivi au IVe siècle, mais le fait aurait échappé à l'attention des contemporains dispersés dans cette immense empire et incapable d'évaluer une crise trop longue et probablement entrecoupée de pauses.

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