Saturday, February 04, 2012

Camille Jullian - Vercingétorix _ Chap. VI \ p. 6 & 7

Chapitre VI - Vercingétorix, ami de César.

6. Ce que les Gaulois pouvaient penser de l'amitié de César.

Les calculs de César devaient être déjoués. Il jugea les Gaulois plus naïfs et plus crédules qu'ils ne l'étaient. Il les traitait trop volontiers en enfants qu'un hochet fait rester tranquilles.

L'aimable et triomphant proconsul n'apporta pas toujours, dans son appréciation des hommes, la science subtile et froide qui convenait à un manieur de peuples. Lui qui passa sa vie à réagir en vainqueur contre l'univers entier, il s'égara jusqu'à la veille de sa mort sur les sentiments de ses amis et de ses familiers. Sa confiance le perdit à Rome et faillit le perdre en Gaule. Aucun de ces chefs auxquels il donna le titre d'ami ne se crut tenu à une éternelle amitié. C'était pour eux une précaution contre les incertitudes du lendemain, un moyen de donner le change et de voir venir.

Ni Dumnorix, ni Ambiorix, ni Commios l'Atrébate, ni Vercingétorix n'entendirent engager leur parole qu'autant que le chef romain demeurerait véritablement l'ami de la Gaule, l'ami et non le maître. Quand tous ces satellites politiques de César se retournèrent contre lui, l'un après l'autre, aucun ne pensa violer la foi jurée : ils avaient mille motifs de croire que le proconsul y avait manqué le premier. S'il se plaignit, c'est qu'il se montrait un bienfaiteur ingrat : en le servant un ou deux ans, les Gaulois avaient suffisamment donné en échange d'un vain litre. Car, depuis 61, on avait tellement abusé de ce mot d'ami du peuple romain que les Gaulois avaient fini par l'estimer à sa juste valeur, et par le coter à peu près aussi exactement que les Romains eux-mêmes. Tous étaient prêts à lui déclarer ce que lui avait dit Arioviste, ami lui aussi du peuple romain de par la grâce de Jules César : Me croit-on assez barbare et assez innocent pour ne pas savoir ce que vaut une pareille amitié ? A-t-elle servi aux Éduens ? Ce litre n'a jamais été pour Rome qu'un prétexte à mettre des armées en marche. Les Gaulois pensèrent de même, jusqu'au jour où César leur eut montré que, si l'amitié du peuple romain était une formule de soumission, l'inimitié de César était une menace de mort.

 

7. Progrès continus du parti national : Dumnorix, Indutiomar, Ambiorix.

 C'est qu'en effet la Gaule n'avait pas accepté comme un fait accompli la mainmise du proconsul sur ses libertés. Elle fut surprise, elle ne fut pas domptée. En dépit de cinq années de défaites partielles (de 58 à 84), le regret de la liberté, loin de s'atténuer, ne fit que grandir. Je ne parle pas seulement des blessures d'amour-propre que causèrent les pratiques politiques de César, favorable tour à tour aux sénats et à la royauté, débarrassant d'abord les cités de la crainte des tyrans et la leur infligeant ensuite. Mais il y a eu, depuis l'automne de 58 jusqu'aux révoltes générales, un progrès continu du patriotisme gaulois.

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