Saturday, January 21, 2012

A Malicornay, la mort programmée d'un trésor antique

Nouvelle République
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Malicornay. Deux superbes mosaïques gallo-romaines agonisent en pleine campagne. Leur sauvegarde est devenue urgente.
Il faut sauver la mosaïque reproduite par Georges Miséré.

Ingrandes a aussi ses vestiges
La découverte des vestiges gallo-romains de Cony remonte à 1880. Des fouilles réalisées sur ce site de la commune de Malicornay permirent d'exhumer des tessons de poteries, des pierres moulurées, une tête d'homme en calcaire, mais surtout de repérer deux mosaïques remarquables.
Menacéespar les blaireaux
Ces véritables œuvres d'art appartenant à une demeure bourgeoise furent explorées au début des années 1930 par l'instituteur du village, Adolphe Miséré, avant que son fils, Georges, les reproduise sans jamais les dégager complètement. C'est en 1986 que l'archéologue et futur conservateur du Musée d'Argentomagus, Gérard Coulon, a découvert ses dessins et a entrepris de mettre au jour ces vestiges appartenant à une villa de 40 m de long.
Comme il l'expliquait en 1993, dans le catalogue de l'exposition Agriculteurs et métallurgistes, l'espace rural autour d'Argentomagus, « ce sont deux pavements de 10,30 m sur 6,20 m et de 7,60 m sur 4,25 m, ornés de compositions géométriques qui entourent des carrés noirs et blancs avec effets de couleurs rouge, jaune et bleue, garnis de motifs en damiers, de fleurs de lys, de végétaux, cantharares (cruches à deux anses stylisées), cœurs de pétale de fleurs ». Il comparait ces mosaïques à celle de Vaison-la-Romaine et Vienne et les datait à la naissance de l'école rhodanienne, entre les années 150 et 175 de notre ère.
Désireux de sauver de superbes réalisations menacées par la végétation, l'archéologue envisageait leur transfert dans un laboratoire de restauration et leur mise en valeur au Musée de Saint-Marcel. Le coût de l'opération (500.000 F, soit 75.800 €) faisait avorter le projet, et depuis les pavements agonisent en pleine campagne. « Ils sont perdus car ils sont entourés de galeries creusées par les blaireaux », déplore Gérard Coulon.
Le maire de Malicornay, Jean-Paul Ballereau, qui a constaté la présence de ces animaux fouisseurs, tire donc la sonnette d'alarme en déplorant la mort imminente d'un patrimoine inestimable. Car sa commune de 190 habitants, qui gère un budget annuel de 300.000 €, n'a bien sûr pas les moyens de sauver, à elle seule, ce trésor antique.
l'avis de l'expert
 Pascal Allilaire, ingénieur d'études à la Direction régionale de l'archéologie du Centre, chargé des dossiers indriens, explique que 5.700 sites, toutes périodes confondues, ont été recensés dans le département et qu'il pourrait y en avoir le double. « Pour des questions de moyens et de financement, il faut faire des choix et la priorité est actuellement donnée à l'archéologie préventive. Nous allons par exemple intervenir sur la zone industrielle des Daubourgs, où une usine doit être construite près de la Chaussée de César. Les menaces qui planent sur la mosaïque de Malicornay retiennent cependant toute mon attention. Il s'agit de pavements exceptionnels que nous pensions épargnés des dégradations, mais les animaux fouisseurs font de gros dégâts. Je vais donc relancer le dossier et me rendre sur le terrain pour analyser la situation. Ce site mérite vraiment une attention particulière. »
Jean-Michel Bonnin