Wednesday, November 16, 2011

Un guerrier lombard… reconstitué

Un guerrier lombard… reconstitué
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Les lombards, peuple germanique issu de Scandinavie, sont installés au début de notre ère au niveau de l’Elbe, et feront partie des adversaires combattant les romains à l’époque de Tibère. Au second siècle, ils vont s’installer plus au Sud sur le bord du Danube, en Pannonie, dont ils ne bougeront pas jusqu’à la chute de l’Empire Romain d’Occident. Au début du sixième siècle, ces guerriers vont combattre comme mercenaires dans la péninsule italienne, qu’il finiront par envahir en 568. Initialement installés dans la région du Pô, ils s’étendront dans toute la péninsule, qu’ils ne réussiront toutefois pas à conquérir totalement.

C’est de cette période du haut Moyen-Age que date le squelette de notre homme. Mesurant 1m80, décédé entre 25 et 35 ans, il présente une fracture importante de l’os zygomatique, clairement la conséquence d’un traumatisme violent survenu bien avant sa mort et qui a du lui laisser d’importantes séquelles, et un visage déformé. Sa jambe gauche montre également une fracture en spirale du tibia et du péroné, certainement consécutive à une chute de cheval ou d’une grande hauteur. Celle-ci a été consolidée, mais a du le laisser boiteux. Pour finir, ses os montrent la présence d’une maladie infectieuse chronique, peut-être contractée lors de sa double fracture.


Le destin de notre combattant est plus qu’original puisque, quelque quinze siècle plus tard, une équipe de scientifiques s’est attachée à reconstruire à partir de son crâne la forme de son visage, de manière à ce que nous puissions voir aujourd’hui ce à quoi il ressemblait… La reconstruction faciale est une discipline initialement développée par la police scientifique pour permettre d’identifier une victime à partir de ses ossements, mais elle a vite intéressé les archéologues et historiens, pour leur permettre de mieux visualiser nos ancêtres. Le musée archéologique de Milan présente une série de personnages reconstitués selon cette technique, comme la femme lombarde figurée ci-contre, et bien sur notre combattant, dont l’équipement et les vêtements ont été entièrement restitués à partir des pièces trouvées dans les nécropoles contemporaines.

Il porte une tunique brodée de fil d’or, dont les restes sont visibles dans la plupart des riches tombes de cette période. Si les fibres textiles ont disparu, l’emplacement des fils d’or sur le corps permet assez précisément de deviner la position des broderies.

Notre homme porte trois armes : une épée longue, une sax, et une lance. Ces objets sont systématiquement présents dans les tombes de combattants. L’épée figurée sur le personnage est relativement simple, mais des modèles très décorés de spathas germaniques ont été retrouvés, avec des pommeaux et gardes composites, alliant métal, bois et os.

Les appliques métalliques permettent quant à elles de reconstruire ceintures et baudriers, et de se faire une bonne idée du mode de suspension de l’armement. Les plaques et boucles sont souvent en laiton, gravé, niellé et argenté.

L’épée est fixée à une sangle qui passe sur l’épaule, et qui est maintenue en place au niveau des hanches par une ceinture. L’originalité de la chose réside dans la présence d’une pièce métallique, en général en croix, qui solidarise ceinture et baudrier, et résout de manière pratique le problème que tout reconstituteur connait lorsqu’il dégaine son arme : celle-ci doit sortir de son fourreau, mais celui-ci suit souvent le mouvement si rien ne le maintient en place. Comme la main gauche est occupée par le bouclier, les ennuis commencent… La scramasax ne se porte plus à cette époque dans le dos, mais également à la ceinture. Dans de nombreux cas, un second ceinturon lui est dédié.

La panoplie ne serait pas complète sans un bouclier. Le modèle lombard est rond et de relative petite taille, mais il porte en son centre un umbo particulièrement proéminent, systématiquement décoré et fixé au bois par une série de clous gravés et souvent dorés.

C’est ainsi qu’aujourd’hui il est possible de voir un véritable combattant lombard du haut Moyen-âge, mais aussi une femme, qui aurait pu être sa compagne, et un des habitants du pays, non lombard cette fois… Heureuse initiative du musée archéologique de Milan, dont la visite vaut le détour.