Tuesday, November 22, 2011

L'image et le pouvoir. Le siècle des Antonins

L'image et le pouvoir. Le siècle des Antonins
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De tout temps, le pouvoir a utilisé les fastes et le décorum pour assurer son prestige et son autorité. La diffusion du portrait impérial romain réfléchit et démultiplie une puissance impériale stable et reconnue qui inaugure l'utilisation de moyens de communication par l'image.
Les hommes politiques d'hier et d'aujourd'hui l'ont bien compris : l'image influence l'opinion, il faut donc décider de la maîtriser pour savoir l'utiliser à son avantage.
Le règne des empereurs du IIe siècle, dont le nom d'Antonin le Pieux a été utilisé par les historiens pour toute la dynastie, marque l'apogée de l'Empire romain. Les règnes de Trajan, Hadrien, Antonin et Marc Aurèle représentent la puissance, le pouvoir absolu, la grandeur personnifiée. Codifiant leur image dont ils assurent la diffusion, ils sont les précurseurs des stratégies de communication politique d'aujourd'hui.

Au moyen de portraits les plus marquants possibles, sculptures en marbre ou en bronze, ou en frappant monnaie à leur effigie, les empereurs déploient une image forte mais véhiculent aussi leurs valeurs et leur idéologie. L'impact de cette émission à grande échelle est telle qu'elle influence tout le peuple romain en ancrant des modes, notamment au niveau des coiffures, et en associant définitivement l'image de l'empereur à celle d'une autorité retentissante.
L'exposition présente un grand nombre de ces portraits différents d'empereurs et de membres de leur famille : des sculptures provenant de la collection du musée Saint-Raymond, plus grand groupe de portraits romains en marbre découverts en France, mais aussi des œuvres de comparaison venant pallier les lacunes de la série impériale des marbres de Chiragan.

Elles sont prêtées par plusieurs institutions régionales, nationales et européennes.
Les monnaies impériales originales en provenance du riche médaillier du musée, témoins et relais du pouvoir absolu de l'empereur, viennent en complément des sculptures et se révèlent en tant que premier média de l'histoire.

L'exposition s'attarde sur la fabrication et l'art du portrait impérial romain. Les prototypes sont élaborés à Rome dans les ateliers impériaux. Les copies sont réalisées en taille directe sur un bloc de marbre à l'aide de repères répercutés à l'aide d'un compas et d'un fil à plomb. Si l'empereur n'autorisait aucune autre reproduction, les artisans n'hésitaient pas à créer des copies plus ou moins fidèles et des objets dérivés, décorés de scènes en relation avec la puissance impériale, telle la céramique sigillée représentant le suicide du roi des Daces, pièce présentée dans l'exposition.

Le portrait romain est ainsi l'art du paraître et de la propagande, avec une codification qui permet aujourd'hui l'identification par des scientifiques des statues et effigies en buste.

Les visiteurs historiens de l'art trouveront les indices qui permettent ce décodage et le public pourra observer des détails de portraits puis en retrouver le modèle en parcourant l'exposition.

Les premières photos sont dans la Galerie.


Pour la presse

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Antonin le Pieux en frère Arvale © Tony Querrec / RMN
Qui sont les Antonins ?

Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc Aurèle, Lucius Verus et Commode furent tour à tour empereur de cette dynastie, de 98 à 192. Ces hommes puissants élevés au rang de « premier des citoyens », concentrèrent tous les pouvoirs.

Trajan
Empereur de 98 à 117, il est surtout connu pour ses conquêtes militaires (en Dacie – actuelle Roumanie – et en Orient). On lui doit aussi la construction de plusieurs monuments importants : un nouveau port à Ostie (Italie), la colonne qui porte son nom, un marché, des thermes et un forum à Rome…

Hadrien
Empereur de 117 à 138, il gouverne en voyageant pour rester au contact de son peuple et intervenir dans tous les domaines. Contrairement à Trajan, il n'est pas un conquérant et renonce même à certains territoires. Par contre, il cherche à assurer la stabilité des frontières. Passionné par la culture grecque, il s'inspire de lieux et de monuments célèbres pour la construction de sa villa principale à Tivoli (Italie).

Antonin le Pieux
Empereur de 138 à 161, il maintient la paix et l'Empire continue à s'enrichir. Sa réputation d'homme respectueux des dieux comme de ses ancêtres lui vaut le surnom de « Pieux ». En raison de ses qualité, on a donné son nom à cette dynastie d'empereurs.

Marc Aurèle
Empereur de 161 à 180, son règne est mouvementé : guerres aux frontières (notamment en Orient, contre les Parthes), épidémie de peste et révoltes dans certaines régions de l'Empire. Dans les dernières années de sa vie il écrit ses Pensées pour moi-même,  célèbres réflexions qui s'inspirent de certains philosophes grecs et mettent en valeur le devoir, la morale et des principes de vie exigeants.

Lucius Verus
Co-empereur avec Marc Aurèle de 161 à 169,  il est plus particulièrement chargé des relations avec l'armée et lutte contre les Parthes, en Syrie, avant d'intervenir sur les bords du Danube où plusieurs peuples cherchent à pénétrer dans l'Empire.

Commode
Empereur de 161 à 192, il se désintéresse du gouvernement ce qui provoque de nombreux complots et tentatives d'assassinat. Il multiplie les bizarreries : il se fait appeler Hercule et s'habille comme lui dans les cérémonies publiques, il participe à des combats de gladiateurs. Après le terrible incendie qui endommage fortement Rome, il décide certaines reconstructions et se présente comme le nouveau fondateur de la ville.


Tête d'Hadrien © Hervé Lewandowski / RMN
Comment devient-on empereur ?

La caractéristique dynastique principale de la lignée des Antonins est un accès au pouvoir déterminé par l'adoption. Ce principe permet de ne pas attribuer par défaut la succession à un descendant direct, mais de choisir véritablement le prince héritier de l'Empire. L'héritier sera choisi sur les qualités observées et évaluées dans la première jeunesse et en mettant en place des alliances stratégiques.

Ce principe fut instauré par Trajan, qui vit en Hadrien tous les signes du meilleur successeur possible. C'est bien l'empereur régnant, de son vivant, qui effectue le choix de son successeur, mais avec la conscience que la lignée doit perpétuer des valeurs et léguer un pouvoir. Ce principe correspond aussi à une réalité : ni Nerva, ni Trajan, ni Hadrien ni Antonin le Pieux n'eurent de fils naturel.

Ainsi, Antonin le Pieux accéda au pouvoir par son adoption par Hadrien et à la condition qu'il adopte en retour Marc Aurèle.


Buste de Marc Aurèle © Hervé Lewandowski / RMN
Le portrait officiel : pourquoi l'empereur multiplie-t-il les représentations à son image ?

À une époque où l'écrit ne s'adresse qu'à une élite, le portrait officiel sert d'instrument de propagande et s'avère l'un des éléments les plus importants de la politique impériale.

Les effigies du maître de l'Empire évoluent en fonction de son âge et s'adaptent aux faits marquants du règne.
Ainsi, l'exposition présente plusieurs portraits d'un même empereur, images d'un homme évoluant vers la maturité, images d'un homme prenant de l'ascendance sur l'armée et sur le peuple.

Le portrait obéit donc à des codes iconographiques, imposés par l'empereur lui-même, qui déterminent jusqu'à la distribution des mèches de cheveux !
Ce sont ces codes, une fois décryptés, qui vont permettre aux historiens de l'art de reconnaître tel ou tel empereur. Et les choses se compliquent lorsque l'on sait que les coiffures, les attitudes et les vêtements impériaux font naître des modes, des tendances qui seront reprises par le peuple. Cheveux tressés et chignons des impératrices et des filles de la famille impériale constituent des modèles du genre.
A cet égard, voir la soirée MS'hair.


Aureus d'Hadrien © Pascal Capus / MSR
Quels supports pour les portraits ?

La diffusion de l'image impériale sur tout le territoire romain utilise de multiples supports, du plus prestigieux au plus commun. La monnaie, qui est au cœur de la vie quotidienne par le biais des échanges commerciaux, porte l'image des membres principaux de la « Maison impériale » et, grâce aux légendes, vante leurs mérites. Elle constitue en quelque sorte le premier média de l'histoire.

Plus rare, les médaillons pouvaient servir de cadeaux offerts aux militaires les plus compétents. Ils rappellent les succès de l'empereur à travers des scènes mythologiques, dynastiques ou politiques. Monnaies et médaillons de l'exposition pourront être observés en détail grâce à une animation interactive.

Les sculptures sont les premiers objets auxquels on pense lorsque l'on parle de portrait. En marbre ou en bronze, elles sont réalisées à partir d'un modèle, en plâtre ou argile, confectionné à Rome.

L'image impériale est aussi reproduite sur d'autres types de support, du plus spectaculaire, comme les monuments qui sont illustrés ici par un moulage d'une partie de la colonne trajanne au plus anodins comme les céramiques.


Buste d'une inconnue © J.-F. Peiré / MSR
Quelle est la place des femmes ?

Véritables instruments dans les jeux d'alliances entre clans, les impératrices sont chargées d'assurer la descendance princière. Elles sont donc respectées en tant que génitrices et représentées aux côtés de leurs époux dans les monuments officiels.

Couple hors norme pour l'époque, Antonin le Pieux et Faustine l'ancienne firent preuve d'un amour profond et sincère au point qu'Antonin la fit diviniser et bâtit un temple en son honneur.

L'exposition rappelle ainsi combien le rôle des femmes était discret mais leur position déterminante.
De nombreux portraits féminins y trouvent leur place : impératrices, filles et nièces d'empereurs, mais aussi des représentations d'inconnues.


Pourquoi tant de portraits à Chiragan ?

Toutes les œuvres exposées au premier étage du musée proviennent de la villa romaine de Chiragan. Le domaine de Chiragan est un site antique connu depuis le XVIe siècle, à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse, en bordure de Garonne, sur la route qui reliait Tolosa, la Toulouse antique, à Lugdunum des Convènes, aujourd'hui Saint-Bertrand-de-Comminges. Situé sur la commune actuelle de Martres-Tolosane, dans l'Antiquité il appartenait au territoire de la cité de Tolosa.

Il s'agit d'une luxueuse villa romaine. Lieu à vocation agricole, la villa était aussi un lieu de plaisir, où l'on pouvait exposer sa richesse et sa culture, à travers une architecture remarquable et de somptueuses décorations peintes et sculptées. Des centaines de placages de marbre témoignent de la somptuosité de la villa. Le cycle des travaux d'Hercule en marbre est un ensemble unique au monde. Les panneaux datant de la fin du IIIe siècle ont fait l'objet d'une commande monumentale se voulant à la hauteur des exploits de l'empereur Maximien Hercule, conférant à cette époque du domaine une dimension impériale.

Les historiens expliquent en effet que la qualité des portraits et la représentation effective de si nombreux empereurs associés aux membres de leur famille serait une garantie de la présence régulière de la famille impériale dans la villa, dont la situation géographique serait fort stratégique.
Le propriétaire de la villa (certainement haut personnage en lien avec le pouvoir), vouant un culte répondant positivement à la démarche de communication ambitieuse et codifiée de l'empereur, a rassemblé une série très importante de portraits afin d'honorer l'empereur lors de ses séjours éventuels dans la propriété.