Sunday, November 06, 2011

Christianisation du monde gallo-romain

christianisation du monde gallo-romain - Le blog des formateurs hist-géo de Torcy
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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 19:13 christianisation du monde gallo-romain

Une première période de définition de la religion chrétienne, oeuvre de Saint Paul double distinction avec religion juive (universalisme) et avec religion « païenne », stabilisation du corpus du « Nouveau Testament » fixant la référence du dogme chrétien. Apparition de communautés chrétiennes localisées clandestinement dans quelques centres urbains, cf Lyon et Vienne.

Aux IIe et IIIe siècles, les communautés chrétiennes se multiplient, mais dans le contexte d’une attitude fréquemment hostile de Empire. Au IIIe siècle, l’Empire a besoin de (re)construire une unité face aux risques de désintégration (notamment des incursions barbares dans tout l’Empire, y compris en Gaule). Il organise une série de persécutions série de persécutions. La dernière grande persécution de l’Empereur Dioclétien commence par les Edits de 303-304 :

destruction de édifices du culte, confiscation des livres sacrés, destitution des fonctionnaires chrétiens / emprisonnement de tout le clergé / libération des chrétiens emprisonnés s’ils sacrifient / obligation pour tous les habitants de l’Empire de sacrifier aux dieux du panthéon « païen » sous peine de mort.

312 bataille du Pont Milvius Constantin se convertit au christianisme. L’année suivante, en 313 l’« édit de Milan » proclame la liberté de culte pour les chrétiens, la restitution de leur biens confisqués lors de la grande persécution de Dioclétien. Christianisme devient religion de l’Empereur (sauf Julien). Constantin intervient directement dans la réunion des conciles (où sont représentés des chrétiens de Gaule à Rome en 313 et en Arles en 314) qui définissent le dogme contre les hérésies. Mais l’Empire est bien bipolaire, en même temps païen et chrétien. C’est pendant cette période de tolérance pour les chrétiens que se produisent les voyages d’évangélisation de Saint Martin, voyages itinérants de ville en ville, puis à partir de monastères fondés à Ligugé (361) et Marmoutiers (372).


Avec l’interdiction des sacrifices « aux démons » en 394, le christianisme devient religion officielle de l’Empire : les circonscriptions ecclésiastiques calquées sur circonscriptions administratives (diocèses/provinces : 7 en Gaule/primauté du siège de Rome et donc du pape) ; les clercs bénéficient de privilèges fiscaux, et surtout judiciaires : ils échappent à justice ordinaire.

Problème historique :

pourquoi les autorités officielles ont-elles réagi avec tant de force contre la nouvelle religion, alors que le monde romain se caractérise plutôt par une relative indifférence, voire une acceptation de nouveaux cultes (syncrétisme) ? Rappel : la religion romaine est un ensemble de cultes dédiés au panthéon gréco-romain, dédié à l’Empereur divinisé après sa mort, dédié aux ancêtres familiaux, dédié parfois à des Dieux venus d’Orient (Mythra, Isis…). La cité est le cadre privilégié du culte officiel, dont les sacrifices animaux sont les cérémonies principales.

Dans le contexte gaulois, les conquérants ont mené une lutte résolue contre les druides dont l’influence était jugée menaçante pour l’établissement de la paix romaine : le “syncrétisme” n’est pas la seule attitude possible.

surtout au IIIe siècle, lorsque l’Empire est menacé de désintégration par des menaces multiformes, le besoin de (re)construire une unité sur des bases traditionnelles, tout ce qui peut contrecarrer ce besoin est jugé dangereux.

L’organisation, forcément clandestine du fait des persécutions, de communautés chrétiennes dynamiques rend crédible l’idée qu’elles relèvent de menées subversives et/ou qu’elles ont des rites inacceptables (inceste…)

pour les chrétiens, la vie sur terre est considérée comme un simple passage, très temporaire au regard de la vie éternelle, donc leur participation à la vie officielle de la cité n’est pas jugée fondamentale : notamment les rites de sacrifice aux Dieux qui soudent la cité, voire le refus de porter les armes (au nom de la non-violence)

La soumission à la volonté de Dieu est exclusive, et concurrente de la soumission au pouvoir de l’Empereur, donc de la participation au culte impérial le message chrétien s’adresse à tous les individus, quels que soient son statut ou sa situation sociale, et donc n’est pas fermé bien au contraire aux couches populaires la volonté de vivre pleinement sa foi pousse certains Chrétiens à endurer sans résistance le martyre, selon l’imitation de Jésus-Christ, ce qui est une façon de refuser les lois de la cité Le christianisme, quoiqu’issu du judaïsme est donc une religion radicalement nouvelle, ce qui explique sans doute en partie son succès, par rapport à toutes les religions précédentes. Elle a un prophète, historicise la Vérité et le Salut (à travers l’épopée historico-métaphysique de la Création et de la Rédemption, on sait maintenant d’où l’on vient et à quoi on est destiné), a un livre saint dont elle fait un usage liturgique, ignore le sacrifice d’animaux.

Au IIe et IIIe siècles, la diffusion du christianisme en Gaule est tributaire de l’action de missionnaires, de réseaux, de voyageurs, de hasard de rencontres, mais aussi paradoxalement de l’impression publique faite par l’acceptation du martyre par les chrétiens.

ex : les Martyrs de Lyon en 177 :

le premier groupe de chrétiens connus en Gaule vivait à Lyon. Un témoin oculaire, l’auteur de la Lettre des chrétiens de Lyon à l’Église de Smyrne, qui a été insérée telle quelle par Eusèbe, évêque de Césarée, dans son Histoire ecclésiastique a raconté leur martyre en 177 après J.-C. Parmi la cinquantaine de suppliciés (dont l’évêque de Lyon, saint Pothin), Blandine une esclave.

Les Martyrs de Lyon en 177 sont morts soit asphyxiés dans la prison exigüe de Fourvière, soit livrés aux bêtes dans l’amphithéâtre des Trois Gaules. Ayant survécu à l’incarcération, Blandine fut livrée aux lions qui refusèrent de lui faire le moindre mal. Elle fut torturée et dut assister à la mort de ses compagnons.

Elle fut ensuite flagellée, placée sur un grill brûlant, puis livrée dans un filet à un taureau qui la lança en l’air avec ses cornes. Ayant survécu au taureau, sainte Blandine fut achevée par le glaive.

ex Saint-Denis est le premier évêque de Lutèce : venu d’Italie vers 250 en compagnie de 6 autres missionnaires pour apporter la foi chrétienne en Gaule, l’évêque Denis est martyrisé et décapité à Montmartre. Selon la tradition rapportée au VIème siècle par Grégoire de Tours, il aurait marché la tête sous le bras jusqu’au village de Catolacus où il se serait effondré et où il sera enterré. Lorsque les persécutions cessent au IVème siècle, une chapelle est élevée à cet endroit (aujourd’hui basilique de Saint-Denis.

Au IVe siècle, avec la tolérance envers le christianisme et la fin des persécutions, les conversions peuvent se faire au grand jour.

Les églises autrefois hors les murs, sont désormais intra muros, et remplacent quelquefois d’anciens temples païens. La diffusion de la religion dépend du charisme des missionnaires dans leur capacité à entraîner les foules (destruction des idoles, conversion…). Le personnage central est Saint Martin que la tradition dépend à la fois comme un saint, un guérisseur, un moine, dans le sillage de l’évêque Hilaire de Poitiers, puis lui-même évêque.

Après que la religion chrétienne est devenue religion officielle, les évêques nommés à la tête des diocèses ont la lourde tâche d’achever la conversion, notamment des campagnes où persiste le culte des forces naturelles.

Très tôt cependant l’adaptation de la religion (fêtes calquées sur le calendrier païen, culte des saints et de leurs miracles…) à des fins de conversion a été jugée problématique par l’Eglise officielle.

“Ce qui importe est moins la diffusion que la réception : qu’a fait le peuple de la religion qu’on lui donnait ? Il en a fait une religion un peu paganisée où l’on accourait vers de saints personnages charismatiques, où l’on allait en pélerinage au tombeau des martyrs, où le contact des reliques guérissait, où se multipliait le nombre de saints populaires, où certaines images étaient vénérées, où l’on faisait des processions en cas de sécheresse (…) où on demandait au Ciel un succès ou une guérison” in Paul Veyne Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), p.202, Albin Michel, 2007.

Après la disparition de l’Empire romain d’Occident, le réseau des diocèses et la présence des évêques a subsisté le plus souvent. Mais la problématique de la christianisation demeure, car la plupart des peuples barbares se sont déjà convertis au christianisme, mais dans son hérésie “arianiste”. On mesure donc l’extrême importance du baptême de Clovis (vers 496) qui a choisi de se convertir à l’Eglise chrétienne officielle et de renouer ainsi avec l’héritage de l’Empire chrétien.

Par thierry aprile - Publié dans : M1 HISTOIRE 0