Friday, November 25, 2011

Camille Jullian - Vercingétorix _ Chap. I \ 6ème & 7ème parties

Camille Jullian - Vercingétorix _ Chap. I \ 6ème & 7ème parties - Le blog de LUTECE
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Chapitre I  Le pays d'Auvergne

6. Le Puy de Dôme

 Le Puy de Dôme était pour l'Auvergne à la fois roi légitime et tyran capricieux. Il avait la cime dominatrice de tout le pays. Assurément, avec ses 1.465 mètres, elle est moins haute que le Puy Mary ou le Puy de Sancy : mais les anciens ignoraient sans doute cette infériorité, et le Puy de Dôme devait leur paraître plus grand que tous.

Les autres se font jour dans des fouillis de montagnes : il se dresse en face de la plaine même, il y prend presque pied, ainsi que le colosse de Rhodes prenait pied dans la mer. Il est, pour tous les hommes de la campagne, importun, obsédant, inquiétant. On ne peut, dans la Limagne, détacher les yeux de la terre sans le voir, lui ou son ombre. Il apparaît à l'extrémité de presque toutes les rues de Clermont. Quand il ne ferme pas l'horizon, il le domine de son buste net, majestueux, sombre, et jamais impassible.

C'est de lui que les paysans de la plaine et les vignerons du coteau attendent, avec angoisse, le salut ou la ruine. Si le soleil sourit sur la cime, la journée sera belle, et on mettra la moisson à l'abri. Mais c'est aussi autour de ses flancs que s'amoncellent les nuages que l'on redoute, et parfois, à les voir naître sur ses pentes, on peut croire qu'il les a formés.

Lui, il ne souffre pas de la tempête qu'il déchaîne. Trouvez-vous sur le Puy de Dôme, à l'une de ces heures d'orage qui terrifiaient les anciens. Le spectacle est émouvant. Au-dessus de la tête, le ciel bleu et un tiède soleil qui caressent les rochers ; aux pieds, les nuages noirs qui se déroulent et la foudre qui crépite. — Si Gergovie était un admirable refuge pour les hommes, le Puy de Dôme était un incomparable séjour pour une divinité : et, lorsque les Gaulois s'y réunissaient près d'elle, ils pouvaient n'avoir plus rien à craindre, si ce n'est l'improbable chute du ciel.

 

7. La Limagne

 À côté de ces éléments de grandeur et d'épouvante, le sol arverne renfermait une abondante source de richesse, de travail et de calme : la plaine de la Limagne. Le contraste entre cette claire vallée et l'ombre noire du Puy de Dôme, entre la masse énorme de montagnes qui couvrent les trois quarts du pays et cette couche grasse de limons fertiles, nul peuple ne le présentait en Gaule au même degré que les Arvernes. — Seuls encore, les Éduens revendiquaient à la fois les sommets du Morvan et les plaines du Beaujolais et de la Bourgogne : mais, de même que ceux-là étaient moins superbes, celles-ci étaient moins fécondes.

Cette Limagne, où certaines terres valaient récemment 28.000 francs l'hectare, exerça sur les anciens un réel enchantement. On la dit si gracieuse et si gaie ! répétaient les Barbares. Au printemps, tout y apparaissait vert et fleuri, les prés, les vignes et les blés ; elle n'avait même pas de bois qui fit sur son tapis d'émeraude une tache plus sombre. Elle devint pour les Chrétiens l'image du Paradis, quand du moins l'Enfer ne la troublait pas de ses orages. Les voyageurs s'y arrêtaient, pour oublier la patrie de leur naissance comme dans une patrie du bonheur. Les Arvernes ne s'éloignaient qu'en pleurant de cette terre dont les glèbes renfermaient de mystérieuses richesses, de cette mer d'épis que le vent agitait de vagues sans colères.

L'Auvergne avait donc tout ce qui faisait la fortune foncière d'un Gaulois : le lait des pâturages, le gibier des bois, le blé des plaines.

 

À suivre…