Thursday, November 03, 2011

Article: Rome, via Tarquimpol

Rome, via Tarquimpol
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publié le 09/10/2011 à 05:00

Archéologie Rome, via Tarquimpol

Tarquimpol, tranquille village du Saulnois, semble avoir été une bourgade majeure dans l'Antiquité. Des archéologues y ont fait des découvertes considérables. Ils espèrent y percer certains mystères concernant la chute de l'Empire romain. par Philippe DERLER

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En 1967, l'archéologue sarrebourgeois Marcel Lutz a mis au jour de nombreux objets témoignant du quotidien de cette époque. Photo Laurent MAMI

En 1967, l'archéologue sarrebourgeois Marcel Lutz a mis au jour de nombreux objets témoignant du quotidien de cette époque. Photo Laurent MAMI

D ecempagi. Ce mot, issu des tréfonds de notre histoire, n'évoque plus grand-chose à la majorité des Mosellans. Tarquimpol à peine davantage, puisqu'il faut pour cela avoir un peu de connaissances géographiques de la Lorraine. Pourtant, l'un comme l'autre sonnent fort dans les bureaux des unités d'archéologie des universités de Harvard et de Francfort.

Ces deux institutions ont lancé depuis trois ans d'importantes sessions de fouilles et de recherche dans Tarquimpol, ce village de 70 âmes au bord de l'étang de Lindre. Ou plutôt devrait-on dire dans Decempagi. Ce nom – dont d'aucuns ont pensé un temps qu'il désignait la ville voisine de Dieuze – n'est plus sur nos cartes. Pourtant, la cité qu'il nommait entre le I er et le IV e siècle de notre ère semble d'importance, et voyait peut-être passer des personnes par milliers.

L'hypothèse est probable, surtout au vu des remarquables découvertes faites du ciel depuis le début des années 1980 grâce à René Berton et à André Humbert (lire ci-contre). Les vestiges qu'ils ont repérés sous la terre laissent à penser que Decempagi était un pôle d'attraction majeur durant l'Antiquité. Il pourrait avoir été une sorte de lieu de pèlerinage important dédié à une divinité de l'eau. Cet élément est fortement présent dans ce secteur (sources, marécages ou ruisseaux), mais n'avait rien à voir avec l'actuel étang de Lindre, qui est une création médiévale.

Les découvertes successives évoquent pour Decempagi un centre urbanisé dont les habitants permanents étaient peu nombreux, mais au passage de population important. Un portique monumental de 120 mètres s'y dressait, et de larges avenues striaient sans doute le paysage jusqu'à des temples, des thermes et un grand théâtre de 10 000 places estimées. Quelques indices architecturaux semblent indiquer le faste de l'endroit. À Tarquimpol, personne n'ose imaginer un Decempagi maussade et lugubre.

Pour en arriver à ces hypothèses, de multiples campagnes de recherches, débutées dès le XIX e siècle, ont été nécessaires. Si la méthode de prospection aérienne n'avait rien d'archaïque, celles utilisées par les professeurs Henning et McCormick sont autrement plus complexes. Ainsi, en collaboration avec l'INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives), un ballon captif doté d'un appareil photographique a tout d'abord été lancé, permettant entre autres la prise de photos à la verticale. Puis, un drone en polystyrène a permis à d'autres clichés d'être pris dans des allers-retours aériens gérés par ordinateur.

Mais ce sont les prospections sur le plancher des vaches qui sont les plus sophistiquées. En effet, équipés de véritables appareils de science-fiction, les équipes internationales des deux universitaires menant les recherches sondent le sol sans même y toucher. Il s'agit de magnétomètres repérant les variations magnétiques du sous-sol, et donc d'éventuels vestiges sous-terrains. Des techniques de géophysique qui ont le don de satisfaire le maire Pierre-Marie Baltz. En effet, peu de fouilles (au regard de la richesse des sols) ont pour l'instant été menées grâce à ces techniques qui permettent de sélectionner l'endroit à fouiller. Or, si le premier magistrat et ses administrés accueillent toujours les archéologues à bras ouverts, gageons qu'il en serait peut-être autrement s'ils transformaient systématiquement leur village en gruyère.

Aussi spectaculaires soient-elles, les ruines en sous-sol ne constituent pas le centre des recherches actuelles des professeurs Michael McCormick (université de Harvard) et Joachim Henning (université de Francfort), récemment présents sur les lieux. Ces deux sommités de l'archéologie se penchent depuis 2008 en Lorraine sur un sujet moins passionnant pour le grand public, mais ô combien capital pour l'Histoire de l'Humanité : « Nous nous intéressons aux crises de l'Empire romain. Nous pensons pouvoir trouver ici les raisons de la chute de l'Empire romain », résume le professeur McCormick. Il poursuit, histoire de relativiser l'aspect spectaculaire d'une trouvaille : « La plus grande découverte de l'été dernier a été celle de maxillaires de rat. La présence de rats pourrait vouloir dire la présence de la peste car le rat est un vecteur de transmission… »

Bref, trouver les raisons de la fin de Decempagi – passée en quelques décennies de petite Rome en pleine campagne à un no man's land – pourrait permettre de lever le voile sur un mystère de l'Histoire : la chute de la Rome antique. Un sujet soumis à de nombreuses théories, et pour laquelle la découverte de minuscules dents de rats pourrait constituer une piste. De même que l'examen méthodique des remparts enfouis de Tarquimpol. C'est à cet endroit que l'Empire romain d'occident croisait le fer avec d'autres civilisations. C'est peut-être là que l'antique Decempagi livrera le mystère de Rome.

par Philippe DERLER

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